Visiter New York City à pieds – Circuit 3 à New York : Soho et le New York ethnique

Voici le troisième circuit de notre série découverte de New York à pieds. Il est consacré  aux quartier de Soho et aux quartiers ethniques de la pointe sud de Manhattan (ancien quartier juif du Lower East Side, Chinatown et Little Italy). Ce circuit s’accompagne d’un voyage gastronomique dans le meilleur de la street food et de la gastronomie ethnique new yorkaise.

 

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Et si vous partez à New York, n’oubliez pas de jeter un oeil aux articles du blog sur New York, notamment sur la problématique particulièrement sensible de la réservation d’hôtel à New York, et la liste des hôtels que nous avons le plus conseillé cette année.

(Itinéraire mis à jour en Septembre 2016 suite à notre séjour de juillet 2016)

Circuit 3 : Soho et le New York ethnique

Soho (3a), le Lower East Side, Chinatown et la Little Italy (3b)

Ce circuit déambule dans des quartiers assez divers et peut être découpé en trois parties que vous explorerez successivement : la partie ouest de Soho, avec ses immeubles aux façades de fonte (cast iron), la partie nord-est, où notre balade sera avant tout gustative, avec une très grande concentration d’occasions de dégustation aussi atypique et goûteuse, et enfin la partie sud-est, qui représente le coeur du New York ethnique, autour de l’ancien ghetto juif du Lower East Side, de Chinatown et de la Petite Italie.

L’itinéraire a été découpé en deux : le circuit 3a (Soho), et le circuit 3b (Lower East Side, Chinatown et Little Italy). Ces deux circuits s’enchaînent entre eux sous la forme d’une boucle, si bien qu’il est possible de faire le 3a puis le 3b, ou bien l’inverse. Le circuit 3a débute au point d’arrivée du circuit 1, donc il peut aisément être enchaîné après le circuit 1. Le circuit 3b débute très près du point d’arrivée du circuit 2, donc il peut également être enchaîné après le circuit 2.

Exemples d’enchaînement possibles :

Circuit 3a > Circuit 3b

Circuit 3b > Circuit 3a

Circuit 1 > Circuit 3a > Circuit 3b

Circuit 2 > Circuit 3b > Circuit 3a

Circuit 3a : Soho

Le point de départ de ce circuit est au niveau du City Hall, accessible par les métros City Hall (Ligne R), Brooklyn Bridge – City Hall (ligne 4/5/6) ou encore Chambers St (lignes J/Z).

Depuis le nord du complexe du City Hall, sur Chambers St, prenez Elk St vers le nord. Traversez Reade St, et poursuivez sur Elk St en direction de Duane St. Vous aurez peut être déjà remarqué à travers les rues de New York l’enseigne de drugstore Duane Reade, très présente avec ses 250 magasins dans l’agglomération new yorkaise. Et sans doute vous demandez vous si le nom de cette enseigne de pharmacie a quelque chose à voir avec les deux rues que vous venez à l’instant de croiser, la Duane St et la Reade St, parallèles entre elles et séparées par un seul block. En fait, la première pharmacie de ce qui allait devenir une success story new yorkaise a ouvert ses portes sur Broadway, en 1960, à un block de votre localisation, juste entre les deux rues qui donnèrent leur nom à l’établissement puis à toute la chaîne de Drugstore.

A l’angle de Duane St et Elk St, sur votre gauche, un petit square accueille l’African Burial Ground National Monument (1), un mémorial dédié aux habitants noirs, pour la plupart esclaves, de New York, acteurs de la cité quasiment depuis sa création, et localisé sur le site du cimetière qui leur était réservé. Les premiers esclaves noirs sont arrivés à la Nouvelle Amsterdam en 1626, soit à peine un an après la construction du fort qui officialisait une ville à part entière sur le site de ce qui n’était jusqu’alors qu’un campement de trappeurs et de marchands. Ils y furent introduits par la Dutch West India Company, qui gérait les comptoirs commerciaux hollandais à travers le monde. Quand la ville passa aux mains des anglais en 1664, 40% des habitants de la jeune colonie étaient composés d’esclaves africains. L’esclavage fut maintenu, et même aggravé, par les anglais, avec des règles plus dures et restrictives. Ainsi en 1697, le diocèse épiscopal de la Trinity Church passa une ordonnance interdisant d’enterrer les africains dans les cimetières de la ville. C’est pourquoi les esclaves furent contraints de chercher un autre site, hors des murs de la cité, qui s’étendait à l’époque jusqu’à Chambers St, deux blocks plus au sud du lieu où vous vous trouvez. Avec l’augmentation de la population de New York, l’importation de nouveaux esclaves s’intensifia également : en 1703, 42% des ménages new yorkais possédaient au moins un esclave, principalement utilisés comme domestiques. A la veille de la révolution américaine, New York avait la deuxième plus grande population d’esclaves de tous les Etats-Unis, juste après Charleston. La prise de New York par les anglais allait encore accentuer la population noire de la ville, les anglais promettant la liberté aux esclaves fugitifs qui viendraient combattre à leur côté. Après la révolution, New York travailla cependant à l’abolition graduelle de l’esclavage, et le 4 juillet 1827, les 10 000 derniers esclaves de l’Etat furent affranchis. Bientôt, les vagues d’immigration massive en provenance d’Europe, qui passèrent pour l’essentiel par le port de New York, allaient transformer durablement et radicalement la population d’une ville en pleine expansion, et la forte présence des populations noires dans la ville allait proportionnellement et progressivement s’estomper.

negro-burial-ground

Le site sur lequel a été construit le mémorial a donc servi de cimetière aux afro-américains (esclaves pour la majorité, mais aussi un certain nombre d’hommes noirs libres ou affranchis) pendant environ un siècle, de la toute fin du XVIIème siècle jusqu’en 1794. On en trouve la trace dans les cartes de la ville du XVIIIème siècle, par exemple la Maerschalk Map de 1754 qui indique clairement un “Negros Burial Ground” à l’emplacement approximatif où vous vous tenez. Les similarités de cette carte avec le New York d’aujourd’hui sont nombreuses, comme vous pouvez le voir ci-dessus sur la comparaison de la carte de 1754 et d’un équivalent Google Map actuel : on distingue clairement Broadway, longeant le pré des Common en 1754, et l’actuel City Hall Park aujourd’hui. Sur les rues à gauche, les blocks sont exactement les mêmes qu’il y a 250 ans, avec les mêmes noms de rues (Murray St, Warren St …). L’emplacement de la palissade de 1754 suit grosso modo l’actuelle Chambers St. L’actuel Park Row qui longe le City Hall par le sud-est pour rejoindre Center St s’appelait auparavant la “High Road to Boston”.

En 1794, avec l’extension progressive de la ville vers le nord, le cimetière fut fermé pour rendre le terrain constructible. Comme le cimetière était dans une cuvette, le terrain fut mis à niveau en comblant la cuvette : le cimetière fut recouvert sans être ni excavé ni déplacé, et fut avec le temps oublié. Ainsi, tous les immeubles autour de vous sont construits directement au-dessus du cimetière et des ossements de milliers d’esclaves enterrés au XVIIIème siècle. En 1991, durant les travaux exploratoires pour la construction d’un nouveau bâtiment de bureau pour le gouvernement fédéral au 290 Broadway (le bâtiment au pieds duquel le Mémorial se trouve aujourd’hui), on découvrit un certain nombre d’ossements humains. Des fouilles archéologiques permirent alors de retrouver les restes intactes de 400 hommes, femmes et enfants, enterrés individuellement dans des cercueils en bois, attestant des rites funéraires élaborés (aucune trace de fosse commune par exemple). On estime qu’entre 15 000 et 20 000 afro-américains furent enterrés sur ce site.

Tournez à droite sur Duane St, puis à gauche sur Lafayette St que vous remonterez vers le nord jusqu’à Franklin St. Prenez à gauche sur Franklin St, puis à droite sur Cortland Alley.

Sur votre gauche, environ 30m après être entré dans Cortland Alley, vous pouvez facilement rater le Mmuseumm (2), un des plus petits et des plus étranges musées au monde, probablement le seul tenant entièrement à l’intérieur d’un … monte charge industriel.  Si le musée est ouvert (normalement uniquement les samedis et dimanches de midi à 18h), les deux portes métalliques seront rabattues sur les côtés et laisseront voir les quelques rayonnages d’objets hétéroclites formant les collections permanentes et temporaires de ce micro-musée. Difficile de trouver un fil directeur entre les objets de ce cabinet de curiosité moderne : des pièces de monnaie officielles de l’Etat Islamique, des boîtes de happy meals servis  dans des fast foods iraniens copiant sans vergogne les McDonalds américains (interdits en iran), une collection de produits portant la marque Trump (dont une eau de cologne “Success, by Trump”) … L’entrée est sur donation libre. Quand le musée est fermé (c’est-à-dire la plupart du temps), on peut néanmoins apercevoir les collections à travers une petite ouverture en plexiglass, creusée dans la porte métallique.

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Puis continuez dans Cortland Alley (3), jusqu’à White St puis Walker St. Si cette allée étroite, avec ses escaliers métalliques en façade vous dit quelque chose, c’est surement que vous l’avez vu de très nombreuses fois dans des séries policières ou au cinéma (Crocodile Dundee, Highlander ou encore Men in Black 3 ont par exemple été tournés dans cette ruelle). En effet, Cortland Alley correspond dans l’imaginaire collectif à la “back alley” classique de New York, celle où l’on découvre le corps de la joggeuse assassinée, celle où un sans logis aviné affalé sur des cartons est témoin d’une transaction douteuse, ou encore celle où une petite frappe prend la fuite en s’enfuyant par les escaliers métalliques avant de sauter sur les poubelles pour échapper à la police. Si de si nombreuses scènes de ce genre ont été tournées ici, c’est qu’en réalité, il n’y a pas de “back alley” à Manhattan : à New York, tous les immeubles donnent uniquement sur une seule rue, ou bien sur deux rues s’ils font la longueur d’un block, mais il n’y a pas d’allée à l’arrière des immeubles comme on peut en trouver dans d’autres villes américaines. Toutes ces images classiques qu’on trouve dans tant de films se déroulant à New York jouent avec une représentation fantasmée de la ville. Cortland Alley est l’une des rares artères correspondant assez bien à ce cliché, et c’est pour ça qu’on la retrouve dans autant de films ou séries.

Tournez à droite sur Walker St, puis à gauche sur Centre St. Au croisement de Grand St, l’immense bâtiment qui vous fait face sur la droite est l’ancien quartier général de la police de New York (4), entre 1909 et 1973. Remplacé par des bureaux plus modernes et fonctionnel à proximité du City Hall, le bâtiment fut converti dans les années 80 en appartement de luxe (Stefi Graph ou Winona Rider habitent ici). A l’angle de Centre Market Place et Grand St, le pub Oniel (5) est à peu près aussi vieux que l’immeuble de la police qui lui fait face. Cet établissement sulfureux hébergea successivement une maison clause, une salle de jeu clandestin, et pendant la prohibition, un bar clandestin (Speakeasy). On pourrait s’étonner de la proximité de ces activités criminelles avec le QG de la police de New York : c’est tout l’inverse. Les policiers étaient les premiers clients du “pub”, et un tunnel reliant les deux immeubles fut même creusé pour permettre aux officiers de police en uniforme de se rendre plus discrètement dans l’établissement, notamment pendant toute la période de la prohibition. Le tunnel, qui a été rebouché côté police depuis, est toujours visible depuis le pub, où il sert de cave à vin. A noter également que le Oniel joue un rôle central dans la série télévisée Sex in The City, en servant de décor au bar Scout.

Continuez sur Centre St vers le nord en longeant le Police Building. Au 239 Centre St, une boutique discrète, Posteritati (6), héberge une des plus grandes collections de posters originaux de cinéma. Attention, vous ne trouverez ici aucune reproduction de poster à 10$ pour chambre d’adolescent. Il ne s’agit que de pièces originales, récupérées aux quatre coins du monde. Un poster de Star Wars de 1977 va chercher dans les 1200$ minimum. L’espace d’exposition étant limité, on peut rechercher la perle rare sur le catalogue électronique de la boutique (il y a des ordinateurs en libre service à l’entrée), avant de demander aux vendeurs d’aller vous chercher la pièce dans les archives. En cherchant bien, on trouve aussi quelques pièces à moins de 100$. Pour les fans de cinéma uniquement.

Tournez à gauche sur Broome St. Vous entrez maintenant dans Soho. Le nom du quartier est connu de tous, sa signification beaucoup moins. Soho est simplement l’acronyme de “SOuth of HOuston St”, le quartier au sud de Houston St. Ce quartier connut ses heures de gloire au XIXème siècle, et notamment dans la seconde partie du XIXème siècle en étant le quartier des grands magasins. Toutes les grandes enseignes se concentraient dans ce district avant leur migration progressive plus au nord sur Midtown. Au XXème siècle, le quartier fut progressivement déserté et périclita, de sorte que dans les années 60-70, des artistes s’y installèrent, attirés par les grandes surfaces disponibles pour leurs ateliers et les loyers modérés. Ce fut le point de départ du renouveau de Soho, qui devient progressivement le quartier branché et décalé de New York. D’anciens magasins et entrepôts sont convertis en loft, les commerces reviennent progressivement et le processus de gentrification conduit au retour d’une population plus aisée.

A l’angle de Broome St et Broadway, le E.V. Haughwout Building (7) est un premier exemple d’architecture d’immeuble commercial à façade en fonte (cast iron facades). Erigés pour la plupart dans la seconde moitié du XIXème siècle, ces immeubles sont emblématiques du quartier : sur les 250 cast iron buildings encore debout à New York, la grande majorité est dans le quartier de Soho, qui était le coeur du quartier commerçant de New York au XIXème. Le principe des façades en fonte fut dans un premier temps de rhabiller d’anciennes façades d’immeubles avec des décorations, colonnes et encadrements très travaillés en fonte, un matériau moins coûteux, plus malléable que la maçonnerie ou la brique. 

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Puis, des immeubles nouveaux furent construits en utilisant directement la technique des façades en fonte dans leur architecture. Le E.V. Haughwout Building bien qu’esthétiquement très classique pour l’époque, a néanmoins quelques particularités qui en font un immeuble d’exception: tout d’abord, c’est un immeuble d’angle, donc présentant deux façades sur rue, à la différence des immeubles classiques qui n’en présentent qu’une seule. Le poids de la double façade en fonte aurait pu présenter un danger structurel pour l’immeuble s’il avait été accroché à la structure en brique ou maçonnerie. L’architecte décida donc à l’inverse d’utiliser la structure en fonte pour soutenir une partie du poids de l’immeuble. Cette structure métallique allait préfigurer l’architecture à structure en acier qui allait permettre bientôt le développement des premiers gratte-ciels, tant et si bien que certains considèrent même cet immeuble comme le premier “skyscrapper”, non par sa taille, mais par son design architectural.

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A noter également que le Haughwout Building fut le premier immeuble au monde à avoir installé un ascenseur en 1857. Ce dernier était propulsé par un moteur à vapeur depuis le sous-sol. L’immeuble ne faisant que 5 étages, comme tous les immeubles du quartier, n’avait pas réellement besoin d’ascenseur, mais le propriétaire avait imaginé qu’une telle machinerie moderne serait un atout publicitaire de premier ordre pour attirer des clients curieux dans le magasin. A noter aussi que le premier occupant de l’immeuble (qui le fit ériger et lui laissa son nom) était un grand magasin de porcelaine et d’argenterie, qui eut comme client Mary Todd Lincoln, la femme du président Abraham Lincoln, qui y commanda tous les services de vaisselles de la Maison Blanche.

Poursuivez sur Broome St avant de tourner à droite sur Greene St. Cette rue expose un très grand nombre de façades en cast iron, avec notamment l’exemple très classique de 76 Green St (8). Cet immeuble héberge au troisième étage une boutique très exclusive d’accessoire et mobilier: The Apartment by The Line. Cette boutique aussi chère que select se cache au troisième étage et présente ses collections dans le cadre cozy d’un immense appartement, meublé et décoré, où tout serait à vendre. A investiguer si vous êtes fan d’architecture d’intérieur et voyagez de préférence sans enfants : on est loin d’Ikea et Castorama.

Poursuivez sur Greene St. Un peu avant de rejoindre l’angle de Prince St, sur le trottoir de droite au niveau du numéro 116, un plan géant du métro de New York (9) est incrusté en métal directement dans le trottoir. Et à l’angle de Prince St, sur votre gauche au dessus du magasin Camper, une façade en brique a été peinte en trompe l’oeil (10) pour figurer une façade de cast iron, clin d’oeil à l’architecture reine du quartier.

Prenez à droite sur Prince St. A l’angle de Broadway, vous pouvez marquer l’arrêt chez Dean and DeLuca (11), le premier magasin de la chaîne d’épicerie fine la plus connue des Etats-Unis. La disposition des rayons est sensée évoquer le rayon nourriture d’un grand magasin de la fin du XIXème, début du XXème siècle. Les produits proposés viennent des quatre coins de monde, couvrent tous les besoins les plus variés, et arborent des prix à la hauteur du standing de la chaîne.

Continuez sur Prince St jusqu’au croisement de Mulberry St où se dresse la St. Patrick’s Old Cathedral (12). Inaugurée en 1815, cette église catholique fut la cathédrale de l’archidiocèse de New York jusqu’en 1879, date à laquelle l’actuelle St Patrick Cathedral de Midtown (à côté du Rockefeller Center) pris le relais. Pendant longtemps, la parade de St Patrick s’achevait devant cette même église. La scène du “baptême du feu” dans le film Le Parrain fut filmée ici : à la toute fin du film, après la mort du parrain Don Vito Corleone, son fils Michael reprend les affaires de la famille. N’étant plus tenu par la promesse de son père de ne pas chercher vengeance pour la mort de son frère quelques années auparavant, Michael Corleone fait assassiner les principaux Dons concurrents de la mafia New Yorkaise. Les assassinats sont commis simultanément aux quatre coins de New York par les tueurs du clan Corleone, pendant le baptême du neveu de Michael, dans la St Patrick’s Old Cathedral. A cet instant, Michael devient parrain de son neveu, dans le même temps qu’il devient Parrain du clan Corleone en assumant l’héritage de son père. L’église dispose d’un accès par  Mulberry St, mais s’il est fermé, l’accès principal est de l’autre côté du bâtiment sur Mott St. A noter que le choix de cette église pour le film Le Parrain n’est pas un hasard. La Old Cathedral se trouve directement sur Mulberry St, l’axe principal de la Little Italy (plus au sud).

Remontez Mulberry St jusqu’à l’angle de Jersey St que vous prendrez sur la gauche.  A l’angle de Lafayette St, sur votre droite, le Puck Building (13) est un très bel immeuble de brique rouge de style neo-romanesque. On distingue très clairement la trace d’une construction en deux étapes successives, marquée par une différence de hauteur du toit (deux étages de plus pour la partie la plus proche de vous). Ce que vous ne pouvez en revanche pas deviner vu d’ici, c’est que le toit de la partie légèrement plus basse du Building, accueille 6 penthouses d’exception, dont 3 avec terrasse, érigées il y a seulement quelques années. Si vous êtes intéressés par un petit pieds à terre New Yorkais, sachez qu’ils ne sont pas encore tous vendus, mais sachez également que le premier et plus grand des 6 s’est négocié en 2014 pour la somme de 28 millions de $.

Le Puck Building fut bâti en 1885 pour la partie la plus basse, 1892 pour la partie additionnelle la plus haute. C’était à sa création la plus grande imprimerie de lithographie au monde, et c’est cette spécificité qui poussera le Puck Magazine, fondé à St Louis en 1871, à s’y installer en 1887. Ce célèbre journal fut le premier grand magazine de satire politique et de caricature des Etats-Unis, dont on a pu dire qu’il faisait et défaisait les présidences tant son influence était grande.

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Le nom du magazine fait référence à Puck, le lutin malicieux du Songe d’une Nuit d’été de Shakespeare, dont on peut voir une représentation au dessus de l’entrée principale sur Lafayette St. Dernière particularité du magazine : avoir publié en 1881, presqu’un siècle avant l’arrivée des emoticons sur nos écrans,  les premiers exemples d’art typographiques représentant un visage avec différentes humeurs et expressions. Différence majeure avec les smileys modernes : une lecture verticale et non horizontale.

emoticons

Poursuivez sur Jersey St. Juste en face de vous en débouchant sur Crosby St. le Housing Works Bookstore Cafe (14) est une librairie atypique et ne manquant pas de charme qui regorge de trésors cachés dans ses rayonnages à l’ancienne. Au fond de la boutique, un café propose de quoi se restaurer en bouquinant : vous êtes plus qu’invités à choisir dans les bibliothèques un ouvrage à feuilleter pendant quelques minutes ou pour tout l’après-midi. Le magasin est géré par Housing Works, une association qui assiste les sans-abris et lutte contre les ravages du sida dans les populations les plus fragiles. Tous les livres de la librairie sont des dons mis en vente au profit de l’association, de même que tous les “employés” du café comme de la librairie sont des volontaires non rémunérés. Particularité amusante : on y vend même des livres au mètre de rayonnage. Dans ce cas particulier, l’assortiment de livres n’est pas choisi en fonction du contenu mais uniquement de l’aspect extérieur et notamment de leur tranche, l’idée étant de constituer des bibliothèques à vocation décorative, avec des collections d’ouvrages en reliure cuir, ou au contraire au look 60’s ou 70’s.

 

Reprenez votre chemin en suivant Crosby St vers le nord, jusqu’à l’angle de Bleecker St. En face de vous, la splendide façade du Bayard-Condict Building (15). Entièrement recouvert de carreaux de terre cuite en céramique blanche, l’immeuble de 13 étages et 49m de haut est l’un des tout premiers gratte-ciels à structure en acier jamais construit.

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Prenez à gauche sur Bleecker St, puis à droite sur Broadway. Si vous avez faim, le Wendy’s sur votre droite est toujours une bonne option. Leurs double cheeseburgers sont parmi les meilleurs de l’industrie du fast food de masse, et leurs baked potatoes sont une alternative originale aux traditionnelles frites. A goûter également leur Chili, vraiment excellent. C’est une chaîne qu’on trouve partout aux Etats-Unis, mais qui est plus rare en ville, notamment à New York. Un peu plus au nord sur Broadway mais sur le trottoir de gauche cette fois, le magasin IT’SUGAR (16) est une enseigne de sucrerie extravagante, qu’on trouve certes désormais dans tous les lieux les plus touristiques des grandes villes américaines, mais qui mérite au moins une fois le détour.

Enfin, encore un peu plus au nord, juste après l’angle de la 3rd St, The Evolution Store (17) est une boutique assez extraordinaire, où l’on peut acquérir toute la panoplie de zoologie, d’entomologie et d’anthropologie imaginable, des papillons au formol encadrés à la dent de requin en passant par les crânes humains, des météorites martiennes, ou des têtes de zèbre empaillé. Un vrai cabinet de curiosité, à mi-chemin de la fascination et du malaise. Certaines pièces atteignent des prix faramineux, mais on y trouve également tout un bric à brac de babioles à quelques dollars.

Ici s’achève la première partie du circuit, la 3a à travers Soho. Si vous souhaitez enchaîner par la suite du circuit (3b), tournez à droite sur la 4th St et rejoignez The Bowery. Tournez de nouveau à droite et descendez The Bowery vers le sud jusqu’à Houston St. Là vous tournerez à gauche dans Houston St pour rejoindre le point de départ du circuit 3b.

 

Circuit 3b : Lower East Side, Chinatown, Little Italy

Cette seconde partie d’itinéraire, débute par un parcours culinaire exigeant pour votre estomac, mais très riche en diversité et de haute qualité gastronomique. Préférez prendre à emporter chaque fois que vous le pouvez, et surtout partagez à plusieurs les différents mets proposés ou vous ne tiendrez pas la distance de ce marathon culinaire.

Première étape donc, à l’angle de Forsyth St sur Houston St,  la petite boutique de Yonah Schimmel Knish Bakery (1) qui propose les Knishes parmi les plus réputés de New York. Encas de prédilection apporté dans leurs bagages par les migrants juifs d’europe de l’est, le Knish est une sorte de gâteau de pomme de terre. La manière la plus simple de décrire le Potatoe Knish le plus basique est une boule de purée de pomme de terre dans une petite enveloppe de pâte. C’est simple, mais bon. Mais attention, c’est assez “bourratif”, et nous ne sommes qu’au début du circuit. Le magasin existe depuis 1910, mais Yonah Schimmel, un immigrant roumain vendait déjà des knishes sur un push cart dans les rues du Lower East Side depuis son arrivée à New York en 1890 avant de s’installer dans un petit magasin sur Houston St.

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Yonah Schimmel abandonna le commerce des Knishes quelques années plus tard, laissant son magasin et son enseigne à son cousin Joseph Berger qui déplaça finalement le magasin à son actuelle adresse sur Houston St en 1910. Le magasin est resté dans la famille Schimmel-Berger depuis sa création.

Puis descendez Houston St vers l’est sur 200 mètres jusqu’à la boutique de Russ & Daughters (2), une institution New Yorkaise depuis 1914. Arrivé d’Europe de l’Est sans un sou en 1907, Joel Rush commença comme vendeur ambulant de champignons dans la rue. Après avoir amassé suffisamment pour s’offrir un push cart, un chariot qu’il poussait devant lui, il se mit à vendre ses spécialités de poisson mariné. En 1914, il ouvrit sa première boutique, à deux pas de l’actuelle adresse, et travailla d’arrache pieds, 7 jours sur 7, sans jamais fermer boutique. Il associa ses 3 filles dans son affaire, qui pris le nom de Russ & Daughters. La boutique est aujourd’hui gérée par la quatrième génération de la famille Russ et vend toujours les meilleures spécialités de poissons fumés ou marinés. Ici le saumon fumé est proposé en une dizaine de déclinaison selon la provenance du poisson et la méthode de fumage ou de marinade. Laissez vous tenter par un bagel de saumon fumé d’exception avec du cream cheese maison, que vous partagerez sur le banc devant la boutique.

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Maintenant que vous êtes en appétit, continuez une centaine de mètres jusqu’au Katz Delicatessen (3). Autre institution du Lower East Side, cette cafétéria semble surgir du passé. En entrant, chaque personne se verra remettre un ticket qu’il ne faut surtout pas perdre. Sur la droite, un immense comptoir permet de commander sandwich de pastrami et hot dogs, et chaque élément commandé sera ajouté sur votre ticket. Vous paierez en sortant, en présentant vos tickets à la caisse. La salle est vaste. Quelques tables au fond sont réservés pour le service à la table pour ceux qui ne voudraient pas faire la queue aux comptoirs (mais c’est pour ça qu’on est là, n’est ce pas ?). Il y a des carafes et des verres d’eau en libre accès au fond de la salle. Partagez un Hot Pastrami Sandwich, LA spécialité de la maison (et qui vaut vraiment le détour), et voyez si vous vous laisserez tenter par une saucisse de boeuf et ail (Knoblewurst), un sandwich de foie haché (chopped liver sandwich) ou de langue de boeuf. L’ambiance est bruyante, agitée, les sandwich sont gargantuesques, mais malgré l’afflux des touristes, Katz a su rester cette cafétéria de quartier sans manière mais qui prépare toutes ses viandes elle-même, selon des recettes héritées sur de nombreuses générations. A noter pour les cinéphiles, le Katz Deli est le décor de la célèbre scène de Quand Harry rencontre Sally, et la table du film est toujours marquée par une pancarte suspendue au plafond.

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Si vous avez une petite envie de sucré en sortant de chez Katz, faites un arrêt au Gelatorio del Gelato (4) en tournant dans Ludlow St. Les boules sont petites mais les saveurs sont très puissantes et les parfums souvent étonnants.

Il vous reste forcément une petite place pour goûter aux boulettes de viandes du Meatball Shop (5) au croisement de Stanton St et Orchard St. Oubliez tout ce que vous croyez connaître sur les boulettes et commandez à emporter quelques Meatballs, sans rien (naked, avec une sauce au choix et un pain foccacia) ou en sandwich. A partager juste pour découvrir le sommet en matière de boulettes de viande (texture, juteux, explosion du goût en bouche).

Puis descendez Orchard St vers le sud avant de tourner à gauche sur Rivington St. Si vous avez encore faim, vous pouvez avant cela pousser d’un demi block plus bas sur Orchard St, jusqu’à la Melt Bakery (6) : ce glacier/pâtissier propose des variations originales sur le thème très américain des icecream sandwichs. Il s’agit de sandwichs de crème glacée entre deux cookies. Plusieurs combinaisons de cookies et de glaces sont proposées. 

Les prix sont assez élevés (5$ par ice cream sandwich), mais la qualité est au rendez-vous. Par contre les sandwichs sont faits à l’avance et sortent directement du congélateur : il est préférable d’attendre au moins quelques minutes avant de savourer, afin que la glace et le cookie aient eu le temps de commencer à fondre.

Enfin sur Rivington St, vous pouvez marquer un arrêt à l’incroyable Economy Candy shop (7) : sans doute la plus grande variété de sucreries en tout genre que vous aurez jamais vues, le tout dans une petite boutique pleine à craquer du sol au plafond. Puis tournez à droite dans Essex St. Pour rester dans la note gastronomique, vous pouvez visiter l’Essex Street Market (8), un petit marché couvert bien sympathique.

Puis tournez à droite dans Delancey St. A l’angle de Orchard St se trouve le visitor center et la boutique du Tenement Museum (9). Le musée lui même est situé un peu plus bas au 97 Orchard St mais ne peut être visité que dans le cadre d’une visite guidée au départ du Visitor Center du 103 Orchard St. Il s’agit d’un petit immeuble de 5 étages construit en 1863 : 22 appartements dans les étages et un commerce (un saloon) au rez-de-chaussée. Les tenements sont des logements à bas prix construits pour accueillir les populations immigrées dans la seconde moitié du XIXème siècle : ils se caractérisent par des pièces de petite taille, et des parties communes, notamment les cuisines, toilettes et/ou salles d’eau qui sont partagées. En 1865, un demi million de New Yorkais vivaient entassés dans ces tenements. Il fallut la publication d’un photo reportage intitulé “How the Other Half Lives” (comment vit l’autre moitié) en 1890 par Jacob Riis pour que le reste du pays prenne conscience des conditions effroyables de vie dans ce qui évoque plus des bidonvilles qu’autre chose. La promulgation du Tenement House Act de 1901 conduisit progressivement à l’amélioration des conditions d’hébergement dans ces immeubles. Des efforts de rénovation et d’amélioration furent progressivement entrepris, comme ce fut le cas dans cet immeuble du 97 Orchard St, au début du XXème siècle. Mais en 1935, le propriétaire de l’immeuble, plutôt que de mettre une fois de plus son immeuble aux normes, confronté à une rentabilité faible de l’immobilier dans un quartier progressivement déserté, choisit de clore les étages et de ne plus louer que le local commercial. Redécouverts par hasard par deux passionnés du quartier qui souhaitaient initialement louer la partie basse de l’immeuble pour lancer leur société de visite guidée touristique dans le Lower East Side, les étages sont alors dans l’état exact où les avaient laissés leurs occupants en 1935. L’idée de les réhabiliter en musée tombe alors comme un évidence. Aujourd’hui, plusieurs visites guidées thématiques par jour permettent de découvrir les différents étages du 97 Orchard St sous un angle différent : la vie d’une famille d’immigrés allemands et de leurs voisins italiens dans le tour “Hard Times”, celle d’une famille juive vivant et travaillant sur place dans leur atelier au tournant du siècle dans le tour “Sweatshop Workers”. Les visites, qui durent entre 1h et 1h30 ne sont pas données (25$/personnes). A faire si vous êtes particulièrement intéressés par cette période historique, et que vous comprenez bien l’anglais. Détail des visites, calendrier et réservations sur le site du musée : http://www.tenement.org/tours.php 

tenement

Poursuivez sur Delancey St jusqu’à Eldridge St que vous prendrez sur votre gauche. Au croisement de Eldridge St et Broome St, la devanture du restaurant chinois Shu Jiao Fu Zhou (10) ne paye pas de mine. D’ailleurs on pourrait facilement passer devant sans se rendre compte que c’est un restaurant. Pourtant, si vous cherchez une expérience authentiquement dépaysante, vous êtes au bon endroit. Allons droit au but : la carte n’est pas aussi large que dans les restaurants chinois plus traditionnels, mais elle est étonnante et authentique à souhait. La salle est minuscule : quelques tables et des comptoirs contre les murs. La patronne qui prend votre commande à la caisse ne semble pas parler un mot d’anglais et s’évertue à vous répondre en chinois. Le niveau des prix confine à l’absurde, surtout que les portions sont très généreuses : raviolis de porc à 2$ les 6 ou 3$ les 10;  Soupe aux boulettes de poisson à 2$ (avec 6 boulettes), Nouilles de blé à la sauce au beurre de cacahuète à 2$ (à tester absolument : étonnant mais franchement bon). Le plat le plus cher du menu est la soupe de nouille de riz aux tripes de boeuf à 3.5$ l’assiette. Vous pouvez prendre sur place ou à emporter. Honnêtement, à tester, au moins pour l’ambiance : en passant le seuil du restaurant, vous quittez New York pour le fin fond de la Chine. Si vous cherchez une adresse vraiment authentique sur Chinatown, c’est bien ici.

Poursuivez sur Eldridge St jusqu’à Grand St où vous tournerez à gauche. Continuez jusqu’à Essex St. Remarquez en chemin comme le quartier chinois a progressivement envahit les anciens ghettos et tenements du Lower East Side, et notamment l’essentiel du vieux ghetto juif, happé par les vagues d’immigration successives et désormais par l’extension progressive de Chinatown. On retrouve néanmoins encore quelques traces de cette présence historique comme c’est le cas à l’angle de Grand St et Essex St. Tout d’abord, tout de suite sur votre droite dans Essex St, la boutique des Pickle Guys (11), légèrement en sous-sol donne une assez bonne idée des commerces qui fleurissaient dans les basements des tenements au tournant du XXème siècle. Le tout en goûtant l’une des spécialités culinaires apportées par les immigrants juif d’europe de l’est qui aura le plus percé dans la gastronomie américaine jusqu’à aujourd’hui, le pickles.

50 mètres plus bas sur Grand St, la boutique de Kossar’s Bagels & Bialys (12) perpétue également les traditions culinaires apportées par les juifs d’Europe de l’est à New York, à commencer par les bagels, mais aussi les moins connus bialys. Cette spécialité juive polonaise est faite de la même pâte que celle utilisée pour les bagels, mais le bialys est cuit uniquement au four (contrairement au bagel qui est bouilli avant d’être passé au four). Dépourvu également de trou, le bialy est un petit pain avec une petite dépression en son centre que l’on remplit de d’oignon ou d’ail avant la cuisson. A tester en sandwich avec du cream cheese où l’un des nombreux autres accompagnements proposés en boutique. Egalement très typique, le Chocolate Babka, un gâteau torsadé au chocolat et/ou à la cannelle. L’établissement est ouvert depuis 1936, et malgré sa rénovation récente, semble surgir du passé.

Pour une touche plus sucrée, à une quinzaine de mètre de Kossar’s, la Doughnut Plant Factory (13) propose une délirante sélection de donuts sans cesse renouvelée. Petite typologie des donuts, afin de plus facilement faire votre choix : les donuts (ou doughnut, c’est pareil) sont avant tout des beignets. Les plus classiques sont  en forme d’anneau, donc avec un trou au milieu. Il en existe de deux type : les “normaux”, qui sont confectionnés avec une pâte à beignet qui a préalablement levé (avec de la levure), et les “cake donuts”, préparés à partir d’un pâte à gâteau non levée (généralement plus petits et plus denses).  Dans les deux cas, les donuts sont ensuite frits, puis le plus souvent glacés (ou parfois simplement saupoudrés de sucre, cannelle etc.. dans le cas des cake donuts). Le goût est donc principalement donné par la recette du glaçage. Vous avez ensuite des donuts sans trou central, souvent rond mais parfois aussi carrés ou d’autres formes, qui peuvent être remplis de crème ou autre (filled donuts). Enfin, les doughnuts holes sont des petits beignets tout ronds qui correspondent à la pâte retirée des donuts en anneau. Un doughnut est toujours meilleur bien frais.

Descendez ensuite Essex St vers le sud jusqu’au croisement de Canal St. Prenez à gauche jusqu’à rejoindre East Broadway : en face de vous, le Forward Building (14) qui domine la rue, également reconnaissable à ses inscriptions en hébreux, était le siège du Jewish Daily Forward, un quotidien originellement écrit exclusivement en Yiddish, qui est maintenant un hebdomadaire principalement en Anglais, mais dont le tirage en Yiddish reste encore autour de 5 000 exemplaires. Vers la fin des années 20, début des années 30, le Forward tirait quotidiennement à 275 000 exemplaires, en Yiddish. L’immeuble n’est plus le siège du journal et a été converti en appartement dans les années 90, mais reste le témoins de ce qui fut il y a un siècle un immense quartier juif, dont la fresque de Sergio Leone “Il était une fois en Amérique”, notamment dans sa première partie, constitue une reconstitution cinématographique incroyable. Cependant, les vagues de migration en provenance d’Europe de l’est et de la Russie au XIXème et au début du XXème siècles ne constituent pas le commencement de l’histoire du New York juif. Dès l’époque coloniale hollandaise, une petite communauté de juifs portugais, anciens colons dans les colonies brésiliennes, et qui cherchaient à rentrer chez eux échouèrent à la Nouvelle Amsterdam sans plus un sou pour rejoindre leur Portugal natal : ils se sédentarisèrent à Manhattan et l’on retrouve encore la trace de leur présence si reculée dans un ancien cimetière juif plus au sud de Manhattan (First Shearith Israel Graveyard sur St James Place). Si vous poussiez encore plus à l’est sur East Broadway en vous écartant de Chinatown, vous pourriez apercevoir sur les façades des immeubles des signes distinctifs rappelant les lointains occupants de ces tenements, et notamment des étoiles de David, les propriétaires prenant soin de décorer leurs façades de manière vendeuse pour une population souvent illettrée, loin de chez elle et ne comprenant pas l’anglais.

Tournez à droite sur East Broadway (15). Cet axe majeur de Chinatown est nettement moins touristique, mais beaucoup plus typique et dépaysant. Remarquez comme le quartier chinois a progressivement envahit les anciens tenements, ces immeubles de location où s’entassèrent dès la moitié du 19ème siècle des générations successives d’immigrés. Aujourd’hui, les rez de chaussées, les caves et les premiers étages ont été colonisés par des commerces chinois dont vous aurez bien peine à deviner la nature étant donné que les seuls panneaux publicitaires renseignant sur les occupants des étages inférieurs et supérieurs sont rédigés en idéogrammes chinois. On ne reconnait pas la moitié des aliments vendus dans les étals des commerçants.

Avant de passer sous le Manhattan Bridge, vous pouvez faire un petit détour par Eldridge St, sur sa section entre Division et Canal St : dans aucune autre artère vous ne verrez de façon aussi manifeste le remplacement des populations par vague migratoire successive. La rue est quasi exclusivement constituée de tenements parfaitement bien conservés, encadrant en son centre une magnifique et très impressionnante synagogue, aujourd’hui convertie en musée (16). Inaugurée en 1887 dans un style neo-mauresque étonnant à nos yeux mais assez en vogue dans la seconde moitié du XIXème siècle, la synagogue fut longtemps le coeur de la vie sociale du ghetto juif du Lower East Side, et ce bien au-delà de ses fonctions religieuses. C’est ici que les nouveaux immigrés venaient chercher du travail, des soins médicaux et de la nourriture pour les plus pauvres d’entre eux, ou encore un prêt pour ouvrir un petit commerce. A partir des années 30, le quartier juif commença à se vider et à péricliter. Il en fut de même pour la synagogue dont le bâtiment principal finit par être condamné dans les années 50 faute d’argent pour réparer une toiture fuyante. Les offices religieux migrèrent dans les salles d’étude du sous-sol, et la synagogue tomba en ruine.

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Pendant ce temps, le quartier fut progressivement happé par l’extension de Chinatown qui connut plusieurs vagues d’immigration asiatique successive : aujourd’hui tous les commerces sont chinois, et il faut un oeil affuté pour deviner l’ancien quartier au-delà des devantures et enseignes chinoises. Finalement, la rénovation de l’ancienne synagogue put être entreprise dans les années 80, et l’édifice rouvrit ses portes en 2007, après vingt ans d’effort, sous la forme d’un musée retraçant le parcours des juifs à New York, l’histoire du Lower East Side et de ses vagues de migration successives. L’admission coûte 14$ par adulte (8$ pour les enfants), sauf le lundi où qui est “pay as you wish” (donation libre). Le Musée est fermé le Samedi pour le shabbat.

A noter à l’angle de Canal St et Eldridge St, un petit diner qui ne paye pas de mine, le Cup & Saucer, sert des breakfasts américains au comptoir, dans une ambiance à l’ancienne comme on les aime et pour un prix raisonnable.

Retournez sur East Broadway et passez sous le Manhattan Bridge, pour rejoindre Chatham Square (17) qui marque l’articulation entre Chinatown et le quartier administratif du City Hall. Chatham Square est à la confluence de pas moins de 8 rues différentes, dont des axes majeurs comme The Bowery, East Broadway et Worth St. De la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle, une immense station de métro aérien occupait une grande partie de l’espace. C’est en effet ici que convergeaient les deux lignes aériennes (Elevated Railway) de la 3ème Avenue (qui arrivait par The Bowery) et de la 2ème Avenue (qui arrivait par Division St), avant de fusionner et rejoindre la pointe sud de Manhattan et notamment les ferrys pour Staten Island. Comme vous pouvez le voir sur la photo suivante qui date de 1905, les principaux immeubles sont toujours debout, mais le démontage des lignes aériennes dans les années 50 a complètement changé l’aspect du quartier.

chattam-square

Ces lignes aériennes, initialement à vapeur, étaient certes une nuisance pour les habitants, mais elles permettaient à tous de circuler facilement dans tout New York. On estime qu’en 1880, la plupart des habitants de Manhattan résidaient à moins de 10 minutes de marche d’un ligne ferroviaire aérienne.

Au milieu de la place, un petit square accueille une petite arche en mémoire de tous les américains d’origine chinoise ayant combattu sous les drapeaux américains. Juste derrière une statue de Lin Zexu, héro méconnu de l’histoire chinoise moderne. Ce haut magistrat de l’administration impériale chinoise s’opposa aux anglais au milieu du XIXème siècle en tentant d’interdire les importations d’opium britannique qui faisaient des ravages en Chine. Ses actions conduisirent à la première guerre de l’opium entre la Grande Bretagne et la Chine. L’inscription à la base de la statue, “Don’t Do Drug”, en anglais et en chinois, rappelle le rôle de pionnier de Lin Zexu dans la lutte contre le fléau des drogues.

Quittez Chatham Square par Doyers St (18) : cette petite artère que l’on peut facilement manquer rejoint Pell St et vous donne l’impression de voyager dans l’espace et le temps. De fait, cette ruelle fut le théâtre de nombreux affrontements et assassinats dans le cadre des guerres des gangs chinois jusque dans les années 30, un passé haut en couleurs qui lui valut longtemps le surnom de “Bloody Angle”. A noter, la rue n’est pas piétonnière, malgré l’absence de voiture la plupart du temps. C’est uniquement lié à l’orientation du sens de circulation sur Pell St et The Bowery : la rue n’a aucun intérêt en tant qu’artère de circulation et les seules voitures qui ont intérêt à s’y aventurer sont celles qui viennent livrer quelque chose sur Doyers St (sachant qu’en outre il n’y a aucune place pour se garer vu le caractère très exiguë des lieux).

doyers-st

Tournez à gauche dans Pell St, puis encore à gauche dans Mott St. Vous êtes au coeur du Chinatown historique de New York. Prenez maintenant à droite sur Mosco St pour rejoindre Mulberry St. Traversez le parc en face de vous pour rejoindre l’angle de Worth St et Baxter St. La pointe formée par la jonction de ces deux rues forment le dernier des Five Points (19).

Le Five Points était un quartier du sud de Manhattan, centré autour de la jonction d’Orange St (aujourd’hui Baxter St, qui continuait à l’époque vers le sud au-delà de l’actuel Worth St), Cross St (aujourd’hui Mosco St, qui continuait vers l’ouest à travers l’actuel park et au-delà), et Anthony St (aujourd’hui Worth St, qui s’arrêtait alors à l’intersection sans poursuivre vers le sud-est). L’intersection de ces artères formait 5 angles, les Five Points. Aujourd’hui, il ne reste qu’un seul des Five Points, à la pointe de Baxter St et Worth St.

Le Five Points était le haut lieu de la criminalité New Yorkaise au milieu du XIXème siècle. C’était le règne des gangs, immortalisé par le film de Martin Scorsese Gangs of New York, mais aussi des épidémies, du crime et de la pauvreté la plus sordide.

five-points

Retournez sur Mulberry St en retraversant le Columbus Park. En remontant Mulberry St, essayez de garder à l’esprit qu’avant la construction du parc, les tenements bordaient la rue sur les deux côtés. A l’endroit où la Mulberry St bifurque légèrement vers la droite, autrefois dénommé Mulberry Bend (20), les immeubles sur votre droite sont parmi les plus anciens tenements de New York encore debout.

Continuez à longer le Columbus Park jusqu’au pavillon couvert, le Columbus Park Pavilion (21), qui donne sur Bayard St : on y trouve généralement toute une foule de personnes âgées (et parfois moins âgées) chinoises qui jouent aux cartes ou aux dominos toute la journée.  Poursuivez encore sur Mulberry St au delà de Bayard St et jusqu’à Canal St. Ce dernier block fait encore partie de Chinatown : de l’autre côté de Canal St, l’ambiance changera subitement car vous rentrez la partie italienne de Mulberry St. Le quartier de Little Italy (22) qui a connu son apogée au tout début du XXème siècle s’étendait sur Mulberry St et Mott St, débordant sur les rues alentours, et allait au nord jusqu’à Houston St. Ce ne fut jamais le plus gros quartier italien de New York (on en trouvait nettement plus dans la partie italienne de Harlem, de Brooklyn et du Bronx), mais probablement le plus pauvre et le plus animé. La conjonction du départ progressif des populations italiennes vers les quartiers périphériques dans la première partie du XXème siècle puis l’extension de Chinatown après l’Immigration Act de 1965 qui relança l’immigration asiatique a conduit à la quasi disparition du quartier italien, à l’exception de 3 blocks le long de Mulberry St où se concentrent les derniers commerces et restaurants qui arrivent encore à sauvegarder l’esprit du quartier pour les touristes. Aujourd’hui, 80% de la population habitant dans les anciens contours de la Little Italy sont d’origine chinoise.

Remontez donc Mulberry St jusqu’à Grand St où se termine ce circuit. Si vous avez démarré le circuit 3b avant le 3a, vous pouvez récupérer le circuit 3a en tournant à gauche sur Grand St pour rejoindre le New York City Police Headquarters building, arrêt numéro 4 sur le circuit 3a.

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4 Commentaires

  1. moire melanie

    Bonjour, j’aurais souhaité connaitre les durées moyennes de chaque itinéraires s’il vous plait.
    Je pars pour 4 jours à NY cet été et je voulais voir si il me serait possible d’en faire plusieurs. J’adore vos articles. Merci à vous de nous faire partager votre amour de NY.

    Répondre
    1. Voyager-aux-Etats-Unis.com

      Cela dépend pas mal de vous et de votre rythme. Mais normalement, c’est plutôt une journée par circuit. Après on peut raccourcir certains circuits et en combiner deux sur une journée mais c’est intensif.

      Le circuit 1 fait 8 km
      Le circuit 2 fait 10 km
      Le circuit 3 fait 8 km
      Le circuit 4 fait 12 km
      Le circuit 5 fait 15 km

      Mais gardez à l’esprit que ce n’est pas de la randonnée dans la nature : en ville, il y a plus d’arrêts etc.., on avance moins vite qu’en se baladant sur un sentier forestier. Donc ca reste des circuits assez intensifs.

      En 4 jours vous devriez pouvoir les faire tous en raccourcissant un peu. Par exemple faites le 1, le 4 et le 5 chacun sur une journée complète. Puis faire un combiné du 2 sans la balade dans Brooklyn Height et du 3b sur la 4ème journée. Vous aurez fait et vu l’essentiel.

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  2. gloaguen

    bonjour
    un grand merci pour ce blog, veritable source d’inspiration pour un voyage prochain à new york.
    Je souhaitais savoir à quelle date a été écrit « visiter NY à pied » afin de savoir si les commentaires sont toujours d’actualité.
    Merci.
    Cordialement
    JC GLOAGUEN

    Répondre
    1. Voyager-aux-Etats-Unis.com

      Bonjour,

      Les itinéraires ont été conçus et écrits il y a quelques années, mais entièrement révisés en septembre 2016 suite à un nouveau passage sur New York en juillet dernier. Donc c’est du tout frais !

      Répondre

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