Retour sur une année passée dans un lycée américain

Cela fait un peu plus de deux ans que notre fille Kary est rentrée de son année aux Etats-Unis. Je vous l’avais promis dans notre premier article “Passer un an dans un lycée aux Etats-Unis”, j’ai beaucoup tardé (prise par le quotidien et surtout toujours très émotive par rapport à cette expérience 😉 ), mais devant le nombre de demandes de lecteurs je m’attèle à la tâche et vous propose notre retour d’expérience sur cette année particulière passée par notre fille dans un lycée et une famille d’accueil au Texas, ainsi que sur les mois et années suivant son retour.

Accueil de Kary à l’aéroport à son retour du Texas

Bilan de l’année passée aux Etats-Unis

L’expérience de cette année a été assez brutale. Nous avons dû faire preuve d’un immense lâcher prise et faire entièrement confiance à notre fille et à sa famille d’accueil pour gérer son quotidien et les aléas de la vie durant cette année. Comme cela avait été prévu et expliqué par l’association, la communication avec Kary fut minimale, notamment dans les tous premiers mois. Nous avons tout fait pour respecter les consignes, même si cela était difficile, et nous pensons rétrospectivement que c’est sans doute la meilleure chose à faire. Très probablement, tout le monde ne respecte pas autant que nous l’avons fait ces différentes règles, mais si l’on veut que l’expérience fonctionne réellement, il ne faut pas la faire à moitié. Le but de cette limitation des contacts est multiple : d’abord, pour ne pas gêner l’intégration dans la famille d’accueil et le lycée. Il est essentiel d’éviter les aller-retours incessants entre le monde qu’on a laissé derrière soi (amis, famille, langue française), et le monde nouveau à découvrir et dans lequel le jeune doit s’intégrer. Cette intégration, notamment linguistique, est difficile, notamment dans les premiers mois, et l’immersion intégrale maximale est le meilleur moyen d’y parvenir. La seconde raison est de ne pas risquer de créer de “blues” chez le jeune. Moins il est enclin à penser à sa famille et ses amis, moins il risque d’avoir des pensées négatives. Ainsi dans les lettres par exemple, je faisais attention à lui dire ce que faisaient ses frères et sœurs mais ne lui disais par exemple jamais qu’elle nous manquait.

Le chemin de Kary durant cette année n’a pas été sans vague, comme tout chemin d’une adolescente de 15-16 ans. Si certains accrocs, ou coups de blues nous parvenaient parfois, nous devions la plupart du temps (disons même à 99% !) rester en dehors, ou du moins laisser la famille d’accueil gérer à sa manière. Nous étions juste spectateurs (et encore, très partiellement) et impuissants. C’est vraiment un sentiment assez difficile à vivre mais c’est le lot de tous les parents laissant leur enfant partir loin d’eux ;-). On ne peut pas vouloir une chose et son contraire : si on veut vivre une autre expérience, ailleurs, avec d’autres gens, il faut laisser cette expérience se dérouler.

Ce que nous n’avions pas prévu, totalement compris ou pris en compte :

-Il arrive que votre enfant ne revienne pas totalement bilingue même après avoir passé un an en immersion aux Etats-Unis. Ce ne fût pas le cas de Kary qui est revenue bilingue mais apparemment, un certain nombre d’adolescents partis la même année qu’elle et qu’elle a retrouvés dans le voyage du retour, ne sont pas revenus avec un très bon niveau d’anglais. Cela peut s’expliquer sans doute par le maintien pour certains du lien avec les réseaux sociaux français, à l’accès aux documents et films en français, une trop grande présence de la famille et des amis … Il faut dire que les tentations sont nombreuses, aidées par un accès très facile aujourd’hui avec Internet. Avec les smartphones, les réseaux sociaux, les appels vidéos, il est très dur de marquer une rupture nette avec ses attaches françaises. Votre enfant devra faire un ÉNORME effort pour rester en dehors de sa sphère française et faire fonctionner cette année à son profit.

-Votre enfant intégrera sur place le lycée en cours de parcours. Les élèves se connaissent déjà depuis longtemps et ont déjà leurs groupes d’amis. Par conséquent, il ne sera pas forcément facile de trouver sa place au sein du lycée. Et je dis bien “lycée” et non “classe” car le système américain fonctionnant différemment du système français, les élèves d’une classe d’âge suivent tous des cours dans des matières différentes, et même de niveaux différents. Ainsi contrairement à la France, les élèves ne sont pas regroupés dans une même classe pour suivre un ensemble commun de matières. Aux Etats-Unis votre enfant sera avec des élèves différents dans quasiment chaque matière étudiée. L’avantage, c’est de pouvoir croiser beaucoup plus de monde, mais l’inconvénient, c’est qu’il n’y a pas de “groupe classe” auquel s’intégrer. Il va falloir tisser des liens avec des individus croisés souvent dans une seule matière, peu de temps par semaine, et qui appartiennent à des groupes souvent constitués en dehors des classes.

-Autre point qui découle du précédent : en entrant au lycée, votre enfant devra faire un choix des matières qu’il souhaite étudier. Il devra choisir dans un très large catalogue de cours. Il n’y a pas véritablement de lycées professionnels aux Etats-Unis. Dans le lycée de Kary, on pouvait choisir aussi bien l’infographie que l’agriculture ou la justice criminelle. Dans le même lycée, certains se préparent à entrer dans les meilleures universités, et d’autres à reprendre le ranch familial. De notre côté, nous avions fait le choix avec Kary, qu’elle refasse son année de 1ère à son retour en France. Ainsi a-t-elle pu choisir ses matières sans trop se poser de question sur leur adéquation avec le système français. Elle a pris des maths et de la physique car ce sont les spécialités qu’elle envisageait de prendre à son retour en France, afin de ne pas être en total décalage. Elle a pris un cours de littérature anglaise et un cours d’histoire (c’est obligatoire), mais elle a aussi pu choisir des matières artistiques et techniques comme “digital media”, “drawing” et “graphic design”. Elle a ainsi profité pleinement de l’opportunité qui lui était offerte dans son lycée américain d’approfondir ses compétences artistiques en dessin. A noter également que le programme de sciences des lycées américains ne suit pas la logique du lycée français. Il n’y a pas un cours de “mathématiques” mélangeant les différentes disciplines des maths. Vous devez ainsi choisir entre Algebra, Geometry, Trigonometry, ou Calculus, qui sont des cours différents alors qu’en France vous faites juste Mathématiques et avez un peu de tout dans le programme. Il n’est pas possible de suivre tous les cours sur une année. L’idée c’est que sur ses 3 années de lycée, un élève pourra suivre ces différents cours, mais pas tous sur une année, en progressant un peu dans chaque, année après année.

-Enfin, ce qu’il faut absolument garder à l’esprit : ce n’est pas juste votre enfant que vous envoyez dans une famille d’accueil, c’est avant tout un adolescent ! Vous aurez sans doute la naïveté, comme nous, de penser que vous avez bien élevé votre enfant et fait assez de recommandations pour que ce dernier se comporte correctement dans sa famille d’accueil. Et en effet, si dans les premières semaines voire au mieux dans les tout premiers mois, votre enfant pourra contenir ses comportements d’adolescent (mouvements d’humeur, etc…), le temps passant et les liens s’établissant avec sa famille d’accueil, il agira de plus en plus naturellement avec elle ( et bien heureusement d’ailleurs, et ce sera le signe d’une bonne intégration dans la famille). Mais du coup, la dispute avec votre enfant que vous pouvez parfois avoir sur un sujet ou un autre, il l’aura avec sa famille d’accueil … Et cet aspect-là, nous ne l’avions vraiment pas en tête lors de l’inscription de notre fille et nous ne pensions pas également à la famille d’accueil qui allait accueillir et élever notre fille pendant cette période d’adolescence. Nous n’en avons pris conscience que progressivement au cours de cette année à l’étranger. C’est un point essentiel à bien intégrer quand vous pensez à la famille d’accueil. Elle va certes partager tous les bons moments, mais aussi devoir gérer tous les moments plus compliqués, les sautes d’humeur, les frustrations etc. de votre ado.

Préparer les retrouvailles puis le retour à la maison

L’association nous avait bien prévenus que le retour en France et dans la famille ne serait pas forcément facile, du moins une fois passés l’effervescence et la joie des retrouvailles. Le tableau qu’ils nous avaient dressé était le suivant : durant l’année passée, de part et d’autre de l’Atlantique, chacun a évolué, vécu des expériences sans l’autre. Il faudra donc un temps pour se retrouver, un temps d’adaptation à notre fille pour retrouver ses repères chez nous et dans notre famille, dans la fratrie, et revenir aux règles de la maison. Car évidemment les règles qui ont prévalu pendant son année aux Etats-Unis n’étaient pas forcément les mêmes que celles de notre maison. Par exemple, Kary a dû ré-apprendre à poser son portable et ne pas le consulter constamment. De même, encore aujourd’hui, il arrive qu’on fasse référence à des moments partagés, des anecdotes, des vacances, auxquels Kary n’a pas participé, ce qu’elle note toujours.

Les derniers jours d’attente avant son retour me sont parus extrêmement longs. Nous avions décidé, toujours pour respecter les conseils de l’association, d’aller la chercher nous 5 et non en comité trop nombreux (amis et famille élargie). Puis nous avons organisé un repas avec le reste de la famille les jours suivants, et elle reverrait ses amis au cours de la semaine à venir.

Également, pour faciliter cette adaptation, nous avions pensé qu’il serait bienvenu que le temps des retrouvailles se passe dans un “sas”, et pas à la maison. Et comme nous partons aux Etats-Unis tous les étés, nous avons pensé que les USA seraient un sas excellent, un lieu qu’elle connaissait désormais très bien et qui nous était également bien connu et associé aux vacances. Ainsi sommes-nous partis tous ensemble en vacances aux Etats-Unis juste après son retour en France. Nous nous retrouvions ainsi dans une dynamique connue de tous, différente de celle de la maison comme de celle de son année de césure, et surtout très active. Et cela a très bien fonctionné.

Dernier point par rapport aux autres enfants de la fratrie : cette réadaptation est également nécessaire pour faire revenir l’enfant qui est parti au même “niveau” que ses frères et sœurs. Il faut admettre que lors de cette année-là, l’absence d’un de vos enfants en fait a contrario un sujet au centre de vos préoccupations. Vous avez également engagé des frais importants pour cette année pour cet enfant, frais que vous n’avez pas forcément engagés pour les autres. Vous faites preuve à son retour de compréhension et de mansuétude. Et l’expérience particulière place cet enfant dans une position centrale pendant un an au sein de la fratrie. Il faut évidemment installer progressivement un retour à la normale, et permettre à chacun de retrouver sa place, ce qui nécessite parfois quelques mises au point, y compris quelques actes d’autorité.

Préparer son retour dans le système scolaire français

La préparation au retour à la vie scolaire française a débuté bien avant le retour effectif de notre fille Kary à la maison. Pour de multiples raisons, nous souhaitions qu’elle change de lycée (une des raisons était qu’ayant décidé de refaire son année de Première en France, elle serait considérée comme “redoublante” par ses anciens amis, et ne serait bien évidemment plus dans leur classe, chose qu’elle appréhendait). Nous avons alors très vite compris que dans le système français très rigide, arriver de l’étranger en cours de cursus et chercher un établissement n’était pas si facile. Nous sommes Parisiens, et il y a des dizaines de lycées à Paris, donc sur le papier, un vaste choix. En réalité, il faut passer par un service obscur de l’Académie, où on dépose un dossier papier. Puis votre candidature disparaît dans les limbes administratives, et vous finissez par comprendre que vous serez affecté après tout le monde, à la dernière minute (parfois en septembre), en fonction des places disponibles, sans que vous puissiez formuler le moindre choix. Comprenez : dans le pire établissement de la capitale, le seul où il restera de la place.

Une de nos amies nous a alors parlé de classes internationales bilingues anglophones existant au sein de quelques lycées (préparant au bac OIB, c’est-à-dire option internationale). Cette option particulière du baccalauréat n’a rien à voir avec les options européennes, ouvertes à tous et permettant d’avoir quelques cours supplémentaires dans une langue européenne (allemand par ex). C’est une option destinée à des élèves théoriquement nativement bilingues, et qui préparent en marge d’un baccalauréat traditionnel, un examen en littérature anglaise et en histoire-géographie validé par un département de l’Université de Cambridge, et attestant d’un niveau, dans ces deux matières, équivalent à celui du diplôme de fin d’études secondaires en Angleterre, et permettant de postuler dans les universités anglaises comme avec un bac anglais. Avec cette option, Kary pouvait prétendre à 8 heures hebdomadaires d’enseignement en langue anglaise, mais surtout intégrer une classe où tous les étudiants étaient parfaitement anglophones et communiquaient majoritairement en anglais en dehors des cours. Par contre, très peu de lycées parisiens proposaient cette option, qui nécessitait un dossier et un examen d’entrée. Or il apparaissait clairement au fil des discussions avec notre fille qu’elle désirait profondément poursuivre sa scolarité dans un environnement international et pouvoir continuer à parler quotidiennement l’anglais. Ainsi, après avoir assisté aux portes ouvertes de la classe OIB du Lycée Camille Sée, nous avons rempli un dossier et Kary a passé à distance (depuis son lycée à Austin) un examen d’anglais.

Elle eut la chance d’être retenue et put ainsi à son retour en septembre, poursuivre ses études dans une classe de Première OIB à Camille Sée et je dois dire, deux ans après, que ce fût vraiment une bonne chose. Certes, ce ne fût pas facile (car le niveau d’anglais exigé, nettement supérieur à celui des cours d’anglais qu’elle suivait dans son lycée au Texas, était vraiment celui d’une bilingue avec des prédispositions en littérature, ce qui n’était pas le cas de Kary 😉 ) mais cela a répondu à toutes ses attentes. Pour tout dire, nous pensons que Kary est réellement devenue totalement bilingue grâce à son passage par cette section internationale. A son retour des Etats-Unis, Kary était bilingue dans le sens où elle parlait sans accent, pensait en anglais (et aujourd’hui, selon les contextes, elle pense en anglais comme en français, et peut répondre en anglais à une question qu’on lui pose en français quand le contexte la fait pencher vers l’anglais). Seule l’immersion sur un an aux Etats-Unis a pu permettre cela. Mais son niveau de langue (en termes de largesse de vocabulaire, en termes académiques, ou à l’écrit) était encore fragile. Deux années dans cette section internationale lui ont conféré un niveau de langue formelle bien plus solide qu’à son retour des Etats-Unis. Ainsi, il n’y a rien de magique : si votre enfant ne s’immerge pas entièrement dans son pays d’adoption et continue à garder trop de liens avec ses amis et racines francophones, il ne reviendra pas totalement à l’aise dans la langue anglaise (parler sans accent, penser en anglais). Et s’il ne prolonge pas cette expérience par un renforcement sérieux de son niveau de langue formelle dans les années qui suivent, il ne sera pas réellement bilingue (mais bien sûr probablement très à l’aise en anglais).

Conclusion après deux ans de recul

Si je devais conclure cette expérience hors du commun qu’a vécue notre fille Kary, mais également à notre façon, nous-même, ses parents, ses frères et sœurs, je dirais que cette expérience doit être vraiment le fruit d’une volonté ferme de votre enfant de partir, et de vous-même de l’accompagner jusqu’au bout dans cette démarche. Car si cette expérience est forte et positive, elle n’en reste pas moins extrêmement difficile pour tous (chacun à sa manière). Je vais dire un lieu commun mais tellement vrai : cette expérience nous a fait tous grandir (parfois dans la douleur pour la maman que je suis). Et Kary, mon mari Silvère et moi-même encourageons tous les adolescents et leurs parents à tenter cette expérience unique si tel est le rêve de l’adolescent, et si sa motivation et son implication sont totales, ainsi que la vôtre de l’accompagner dans son projet jusqu’au bout.

1 Commentaire

  1. Fa

    Merci pour votre retour d’expérience.
    Nous sommes dans la phase de sélection des organismes, et comme vous, nous risquons d être aux us au début de son séjour. Je n avais pas connaissance du problème de visa.

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